A cette époque de l’année, de nombreuses personnes remarquent et se demandent pourquoi les oiseaux chantent moins. Plusieurs éléments peuvent expliquer cette observation.
La fin de la période de reproduction
Le mois d’août correspond pour de nombreuses espèces à la fin de la période de reproduction et donc à la fin de la nécessité de marquer son territoire, de se faire remarquer par des femelles ou encore au départ en migration pour les contrées lointaines d’hivernage.
Le cas du martinet noir, qui se reproduit dans nos villes, est un bel exemple. Cette espèce parcourt de très longue distance au cours d’une année entre ces quartiers d’hiver, essentiellement en Afrique australe, et ces sites de reproduction situés notamment en Europe. Ces cris ne résonnent donc dans nos rues que de mai à début août, correspondant au départ en migration après l’envol des jeunes.

Outre les espèces migratrices, les espèces sédentaires, c’était-à-dire qui ne migrent pas, comme les mésanges, le merle noir ou le troglodyte mignon, diminuent fortement leur chant au fur et à mesure que l’été avance. Contrairement au début du printemps, les mâles n’ont plus la nécessité de montrer leur territoire aux potentiels rivaux ou ils ne sont plus à la recherche d’une femelle. De plus, certaines espèces sont encore occupées à l’élevage des jeunes éclos pendant l’été et consacrent donc l’essentiel de leur temps à la recherche de nourriture.
Impact des fortes chaleurs
Les fortes chaleurs observées cet été impactent également le comportement des oiseaux. Les adultes peuvent abandonner prématurément les nids, les oiseaux nichant sous les toits peuvent finir asphyxier par la chaleur ou encore ils peuvent s’épuiser en parcourant de longue distance afin de trouver des sources d’eau. Cela provoque une diminution des comportements de chants chez les oiseaux.
La diminution continue de nombreuses espèces depuis plusieurs décennies
Les oiseaux constituent un des groupes biologiques les plus suivis par les scientifiques et les naturalistes. Cela permet d’avoir une quantité importante de données fournissant un suivi des changements temporels dans les populations d’oiseaux.
Globalement, les oiseaux montrent des pertes importantes. Une étude a montré qu’entre 1980 et 2009, l’abondance des oiseaux avait diminué de 20%, estimant une perte de 421 millions d’individus, en Europe (Inger et al., 2015).
En Wallonie, tous les groupes d’oiseaux ne sont pas touchés de la même manière. Par exemple, entre 1990 et 2020, les espèces des milieux agricoles ont perdu environ 60% de leurs effectifs tandis que les espèces forestières montre une diminution d’environ 32% (Derouaux, 2021 ; Diagnostic environnemental de la Wallonie, 2024).
Ces diminutions provoquent un nombre nettement moins important d’oiseaux chanteurs rendant nos villes et campagnes plus silencieuses. Ces changements modifient profondément la diversité acoustique et l’intensité des paysages sonores de nos contrées, ce qui pourrait entrainer à terme des effets sur notre santé et le bien-être humain (Morrison et al., 2021).
Les raisons de ces changements sont multiples :
- intensification des pratiques agricoles (augmentation de l’utilisation des pesticides, destruction des haies, etc.) ;
- dégradation des milieux naturels ;
- changements dans les zones d’hivernage ;
- ou encore le changement climatique.
Ce phénomène est mis en lumière depuis très longtemps, avec notamment la parution du ‘Printemps silencieux’ en 1962 par Rachel Carson, considérée comme une des fondatrices du mouvement écologiste.
Malgré ces diminutions, plusieurs projets de conservation ont permis de sauvegarder et d’enrayer ces tendances négatives pour certaines espèces. Notons par exemple, à l’échelle locale, les actions de préservation des hirondelles de fenêtre à Bruxelles provoquant une augmentation remarquable des effectifs (Pailhes et al., 2025).
En conclusion
Le mois d’août est marqué par une nette diminution des chants rendant l’aube et le crépuscule plus silencieux. Cela s’explique par le cycle naturel des espèces au cours d’une année. Toutefois, les canicules successives et les changements à long terme dans les populations d’oiseaux constituent également des facteurs amenant ce silence plus présent dans nos régions.
Source
Derouaux, A. (2021) : Suivi des oiseaux communs en Wallonie 1990-2020. Rapport aux observateurs. 64 pp.
Diagnostic environnemental de la Wallonie. (2024). https://etat.environnement.wallonie.be/home/diagnostic/biodiversite-1.html
Inger, R., Gregory, R., Duffy, J. P., Stott, I., Voříšek, P., & Gaston, K. J. (2015). Common European birds are declining rapidly while less abundant species’ numbers are rising. Ecology letters, 18(1), 28-36.
Morrison C.A., Auniņš A., Benkő Z. et al. Bird population declines and species turnover are changing the acoustic properties of spring soundscapes. Nat Commun 12, 6217 (2021). https://doi.org/10.1038/s41467-021-26488-1
Pailhes M., Paquet A., Feys S., Paquet J.-Y., et Derouaux A., 2025. Atlas des oiseaux nicheurs de la Région de Bruxelles-Capitale 2022-2024, Natagora, Rapport du Département Etudes, 2025. Financé par Bruxelles-Environnement