Toutes les entreprises dépendent de la biodiversité, mais peu le savent …

La biodiversité et les écosystèmes sont les socles invisibles mais indispensables de l’économie. De plus en plus d’études en font la démonstration, chiffres à l’appui. Il reste maintenant à ce que le monde économique en prenne conscience.

Les grandes théories économiques qui ont accompagné l’industrialisation de nos sociétés reposent sur un postulat de base : capital et travail produisent la richesse économique.

C’est ignorer l’ensemble des services gratuits fournis par la nature qui sous-tendent cette équation. La nature et les écosystèmes fournissent les ressources naturelles (ex : le sable en construction, ressources géologiques fossiles, biomasse,…) et d’autres services essentiels à la production de richesse.

En février 2026, l’IPBES, l’équivalent du GIEC pour la biodiversité, a rendu public son premier rapport sur les liens entre entreprises et biodiversité [1]. Ce document examine les impacts des activités économiques sur la nature, ainsi que les risques financiers liés à l’érosion de la biodiversité, tout en soulignant la dépendance fondamentale des entreprises envers les écosystèmes.

C’est bien un paradoxe existentiel. Si toutes les entreprises, quel que soit leur secteur, dépendent directement ou indirectement des ressources naturelles. Elles contribuent en moyenne à leur dégradation. Le rapport met en lumière un déséquilibre criant entre les investissements qui nuisent à la biodiversité et ceux qui visent à la protéger ou à la restaurer.

[1] Methodological assessment of the impact and dependency of business on biodiversity and nature’s contributions to people (business and biodiversity assessment) | IPBES secretariat

La valeur économique des services rendus par la nature

Les services écosystémiques désignent l’ensemble des bénéfices que les écosystèmes procurent au bien-être humain et à l’équilibre de nos sociétés. Ce concept met en lumière l’importance concrète de la nature et de la biodiversité, en soulignant les services indispensables et gratuits qu’elles nous offrent. On distingue généralement quatre grandes catégories de services écosystémiques :

  • Les services d’approvisionnement : nourriture, combustible, matériaux, médicaments,…
  • Les services de régulation : la régulation du climat, la purification de l’eau et de l’air, la pollinisation,..
  • Les services socioculturels : servies esthétiques, récréatifs, éducatifs, spirituels,…
  • Les services de soutien : la formation des sols, le cycle biogéochimique des éléments comme celui de la séquestration de carbone par les écosystèmes,…

Une étude, souvent reprise par les grandes institutions internationales (Costanza et al. de 2014 [2]), s’est attelée à « mettre un prix » sur chacun des services écosystémiques que nous rendent la biodiversité et les écosystèmes. L’estimation de la valeur totale des services rendus avoisine 125 000 Mds USD/an, soit 1,6 fois le PIB mondial de 2011.

En bref, mais si « Dame Nature » faisait payer ses services, sa capitalisation ridiculiserait la somme de celles des GAFAMs réunis !

[2] Costanza et al. (2014), « Changes in the global value of ecosystem services », Global Environmental Change (26) p. 152-158

72% des entreprises européennes sont dépendantes de manière « critique »

Et ce n’est pas une ONG qui le dit, c’est la Banque Centrale Européenne :

« 72% des entreprises de la zone euro, soit environ 3 millions d’entreprises, dépendent de manière critique des services écosystémiques et seront confrontées à d’importants problèmes économiques en raison de la dégradation des écosystèmes. »

Le secteur financier est par ailleurs particulièrement exposé. La BCE constate en effet que « 75 % du montant total des prêts aux entreprises de la zone euro sont accordés à des entreprises qui dépendent de manière critique d’au moins un service écosystémique »

Aucun secteur n’est épargné

Le rapport de l’IPBES souligne cependant que tous les secteurs sont dépendant de la nature et des écosystèmes, de manière directe ou indirecte.

A titre d’exemple, citons :

  • Le secteur alimentaire dépendant de la pollinisation qui concerne 75 % des cultures mondiales, et de la bonne santé biologique des sols.
  • Le secteur de la construction consomme chaque année des milliards de tonnes de matériaux, comme le sable marin pour fabriquer le béton, le minerai pour la production métallique, le bois pour la construction,…
  • Le secteur pharmaceutique qui dépend toujours largement des découvertes de molécules dans la nature pour produire des médicaments et traitements. On estime à titre d’exemple que 80 % des anticancéreux mis sur le marché sont issus de plantes médicinales ou bioinspirées.
  • Le secteur de l’assurance est largement dépendant de la capacité régulatrice des écosystèmes pour tempérer les événements extrêmes.
  • Le secteur énergétique dépend de la capacité des écosystèmes à réguler le débit des cours d’eau qui alimentent des capacités de refroidissement ou la production hydroélectrique.
  • Le secteur touristique est très fortement dépendant de la qualité esthétique des paysages naturels.

La biodiversité : un horizon d’opportunités

Le temps retour sur investissement climatique est fréquemment perçu comme un obstacle majeur à la transition vers une société décarbonée. Pourtant, bien que les effets des actions engagées sur la concentration atmosphérique de CO₂ ne se manifestent pleinement qu’à l’échelle de plusieurs millénaires, leur mise en œuvre reste absolument indispensable. C’est ce qu’on appelle la « tragédie des horizons ».

Mais bonne nouvelle : la temporalité de l’action en faveur de la biodiversité produit des résultats plus rapides. Bien entendu, toute dégradation d’un écosystème présente une composante irréversible. Mais là où la vie peut s’accrocher, au départ d’habitats et de populations d’espèces relictuelles, elle peut revenir coloniser ensuite des habitats réhabilités.

De plus en plus d’entreprises agissent directement dans leur chaîne de valeur pour agrader la biodiversité dont ils sont dépendants. Citons quelques exemples :

  • L’entreprise Corman, qui produit de la matière grasse au départ des produits laitiers, a mené un projet de plantation de vergers hautes-tiges dans le parcours des vaches laitières, afin de les protéger des stress thermiques, améliorer leur bien-être et leur productivité.
  • EDF réhabilite des zones humides en amont de ses barrages pour aider à la régulation des débits en amont des centrales hydroélectriques.
  • Le gestionnaire de réseau ELIA lutte contre les plantes exotiques envahissantes dans ses postes à haute tension pour éviter les problématiques de gestion.
  • De nombreuses collectivités envisagent la plantation de haies, les aménagements d’hydraulique douce pour lutter contre les coulées boueuses et les inondations.

Le panel des solutions fondées sur la nature est infini. Souvent moins cher que des solutions technologiques, avec une meilleure pérennité. Sans compter les avantages pour le paysage et la biodiversité !

Cette approche très « économique » et « utilitaire » de la biodiversité peut être légitimement jugée très réductrice. Mais elle a le mérite d’élargir le champ du débat, et de toucher un public moins sensibilisé.

Comment appréhender sa dépendance à la Nature, en tant qu’entreprise ?

Des ateliers existent, permettant d’appréhender le sujet. Pour plus d’infos :

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